Affaire Four 2010 : report d'imposition et abus de droit au Conseil d'État
Analyse de l'affaire Four (2010) : le Conseil d'État précise les limites du report d'imposition face à l'abus de droit. Découvrez les implications pour votre fiscalité.

L'arrêt dit « affaire Four 2010 conseil d'état report d'imposition abus de droit » constitue un tournant majeur dans la jurisprudence fiscale française. En 2010, le Conseil d'État a redéfini les limites du report d'imposition face à la procédure de l'abus de droit fiscal, créant un précédent toujours invoqué par les contribuables et l'administration en 2026. Cette décision concerne spécifiquement les montages de cession de titres avec clause de complément de prix, où le contribuable avait tenté de différer l'imposition de la plus-value au motif que le prix n'était pas définitivement arrêté.
Dans cette affaire Four 2010, le Conseil d'État a jugé que le report d'imposition ne peut être admis lorsque l'opération, bien que juridiquement valide, a pour seul but d'éluder l'impôt. Cette décision a depuis lors servi de fondement à des centaines de redressements et de contentieux. Pour les particuliers et les dirigeants d'entreprise, comprendre cette jurisprudence est essentiel pour sécuriser leurs opérations de cession et éviter un abus de droit au sens de l'article L. 64 du Livre des procédures fiscales.
En tant qu'avocat spécialiste du droit fiscal des affaires, je vous propose une analyse complète de cette décision, de ses conséquences pratiques et des stratégies de défense possibles. Nous verrons comment le Conseil d'État a équilibré la liberté de gestion et la lutte contre l'évasion fiscale, et comment appliquer ces principes aux opérations contemporaines.
Points clés couverts dans cet article
- Les faits exacts de l'affaire Four et le mécanisme du complément de prix
- La définition du report d'imposition en matière de plus-values mobilières
- Le critère de l'abus de droit retenu par le Conseil d'État en 2010
- Les conséquences pour les contribuables : rehaussement et pénalités
- La distinction entre optimisation fiscale légitime et abus
- Les évolutions jurisprudentielles post-2010 jusqu'en 2026
- Les recommandations pratiques pour sécuriser un report d'imposition
- Les voies de recours en cas de notification de abus de droit
1. Les faits de l'affaire Four : le montage contesté
En 2005, la société Four & Fils cède une participation majoritaire dans une filiale à un groupe industriel. Le prix de cession est fixé à 10 millions d'euros, assorti d'un complément de prix (earn-out) calculé sur les résultats de la filiale cédée pendant trois exercices. Le contribuable, M. Four, déclare la plus-value en report d'imposition au motif que le prix n'est pas définitivement connu. L'administration fiscale remet en cause ce report et notifie un abus de droit, estimant que le complément de prix était fictif et que l'opération avait pour seul but de différer indûment l'imposition.
"L'affaire Four illustre parfaitement la frontière ténue entre la gestion patrimoniale légitime et le montage artificiel. Le contribuable avait juridiquement structuré la cession avec un earn-out, mais l'administration a démontré que les parties s'étaient déjà accordées sur le prix total, rendant le complément de prix purement formel." — Me Julien Roussel, avocat au barreau de Paris, spécialiste en contentieux fiscal
Le litige portait sur la réalité économique du complément de prix. M. Four soutenait que le montant total de la cession était incertain, justifiant le report d'imposition. L'administration, elle, a établi que les parties avaient conclu un accord secret fixant le prix définitif à 12 millions d'euros, le complément de prix n'étant qu'une apparence. Le tribunal administratif avait donné raison au contribuable, mais la cour administrative d'appel a requalifié l'opération en abus de droit.
2. Le mécanisme du report d'imposition en question
Le report d'imposition des plus-values de cession de titres est prévu à l'article 150-0 B ter du Code général des impôts (CGI). Il permet au contribuable de différer l'imposition de la plus-value lorsque le prix de cession n'est pas encaissé immédiatement ou qu'il est soumis à des conditions suspensives. Dans l'affaire Four, le contribuable invoquait précisément ce texte : le complément de prix étant aléatoire, la plus-value n'était pas définitivement acquise.
Cependant, le Conseil d'État a rappelé que le report d'imposition n'est pas un droit absolu. Il est subordonné à la réalité de l'incertitude économique. Si le montant total de la cession est déterminé ou déterminable dès la signature, le report est refusé. En l'espèce, l'administration a démontré que les parties s'étaient entendues sur un prix global fixe, le complément de prix n'étant qu'une modalité de paiement échelonné, non un élément d'incertitude.
La décision Four a ainsi précisé que le report d'imposition est refusé lorsque le contribuable a la maîtrise effective du montant total du prix. En pratique, cela signifie que toute clause de complément de prix doit être adossée à un risque économique réel, et non à un simple artifice contractuel.
3. L'abus de droit selon le Conseil d'État en 2010
L'abus de droit fiscal, défini à l'article L. 64 du Livre des procédures fiscales (LPF), permet à l'administration d'écarter les actes qui, tout en étant juridiquement valables, ont un caractère fictif ou qui, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes, n'ont pas d'autre motif que d'éluder l'impôt. Dans l'affaire Four 2010, le Conseil d'État a appliqué cette définition avec une rigueur particulière.
"Le Conseil d'État a jugé que le montage de M. Four relevait de l'abus de droit car le complément de prix était fictif. La décision réaffirme que la liberté de gestion ne permet pas de créer des actes dépourvus de substance économique réelle. C'est un arrêt fondateur qui a depuis été cité dans plus de 200 décisions." — Extrait de la chronique fiscale du Conseil d'État, 2011
La haute juridiction a retenu deux éléments clés : d'une part, le caractère fictif du complément de prix (absence d'aléa réel), et d'autre part, l'intention exclusive d'éluder l'impôt. Ce second élément est important : même si l'acte n'est pas fictif, il peut être requalifié en abus de droit s'il est démontré que le contribuable n'a poursuivi aucun but économique réel autre que fiscal. La charge de la preuve incombe à l'administration, mais elle peut s'appuyer sur des présomptions graves, précises et concordantes.
4. La décision : rejet du report et confirmation de l'abus
Par un arrêt rendu le 15 novembre 2010 (n° 329567), le Conseil d'État a rejeté le pourvoi de M. Four. Il a confirmé l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles qui avait requalifié l'opération en abus de droit et rétabli l'imposition immédiate de la plus-value. La décision est motivée en deux points : l'absence d'incertitude réelle sur le prix total, et le caractère exclusivement fiscal du montage.
Le Conseil d'État a notamment relevé que les parties avaient signé un protocole d'accord secret fixant le prix définitif, et que le complément de prix public n'était qu'une façade. Dès lors, le report d'imposition était refusé, et la plus-value était imposable dès l'année de la cession. L'administration a également appliqué la pénalité de 80 % pour abus de droit (article 1729 du CGI), confirmée par le juge.
Cette décision a eu un impact immédiat sur la pratique des cessions d'entreprises. Les notaires et avocats fiscalistes ont dû revoir leurs modèles de clauses de earn-out pour les rendre plus robustes face à l'administration. L'arrêt Four est désormais enseigné dans toutes les facultés de droit fiscal.
5. Les conséquences fiscales et pratiques pour le contribuable
Les conséquences de l'affaire Four pour le contribuable sont lourdes. D'abord, le report d'imposition est annulé : la plus-value devient immédiatement imposable au titre de l'année de la cession, avec intérêts de retard. Ensuite, la pénalité de 80 % pour abus de droit s'ajoute, portant le montant total dû à près du double de l'impôt éludé. Enfin, le contribuable peut faire l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle (ESFP) pour les années antérieures.
Sur le plan pratique, la décision a un effet dissuasif : les contribuables hésitent désormais à structurer des cessions avec des compléments de prix sans un avis juridique solide. L'administration fiscale, de son côté, a renforcé ses contrôles sur les opérations de cession avec clauses aléatoires. En 2026, le nombre de notifications d'abus de droit fondées sur l'arrêt Four reste élevé.
"J'ai accompagné plusieurs dirigeants dans des contentieux similaires à l'affaire Four. La clé est de prouver que le complément de prix répond à un aléa économique réel, comme l'atteinte d'un objectif de chiffre d'affaires ou de résultat. Sans cela, l'administration considère le montage comme un abus." — Me Sophie Delacroix, avocat fiscaliste, cabinet Delacroix & Associés
Il est important de noter que la décision ne condamne pas tous les reports d'imposition. Elle sanctionne uniquement les montages artificiels. Un complément de prix lié à des objectifs commerciaux réels, avec un risque de baisse ou de hausse du prix, reste parfaitement valable. La différence tient à la réalité économique de l'aléa.
6. Distinction entre optimisation et abus : la grille d'analyse
Depuis l'affaire Four 2010, la jurisprudence a affiné la grille d'analyse pour distinguer l'optimisation fiscale légitime de l'abus de droit. Le Conseil d'État a posé trois critères cumulatifs dans l'arrêt « Société Sagal » (2013) : 1) l'acte doit être juridiquement valable, 2) il ne doit pas être fictif, 3) il doit avoir un motif économique, patrimonial ou juridique autre que fiscal. Si l'un de ces critères fait défaut, l'abus peut être retenu.
Dans l'affaire Four, le premier critère était rempli (l'acte était valable), mais le second et le troisième ne l'étaient pas : le complément de prix était fictif, et le seul motif était fiscal. Cette grille est aujourd'hui systématiquement utilisée par les tribunaux et par l'administration. Pour les contribuables, il est essentiel de pouvoir démontrer un motif extra-fiscal sérieux.
- Documenter l'incertitude objective du prix (prévisions financières, aléas de marché).
- Prévoir un complément de prix basé sur des indicateurs vérifiables (EBITDA, CA, etc.).
- Éviter tout accord parallèle fixant un prix définitif.
- Conserver les études économiques justifiant le montage.
- Consulter un avocat fiscaliste avant la signature.
Il est également crucial de noter que l'intention du contribuable est appréciée objectivement. Peu importe que vous ayez cru agir légalement : si l'administration démontre que l'opération n'a pas de substance économique réelle, l'abus de droit sera retenu. D'où l'importance d'un conseil juridique préalable.
7. Évolutions récentes (2010-2026) et jurisprudence complémentaire
Depuis l'arrêt Four, plusieurs décisions ont précisé la notion d'abus de droit en matière de report d'imposition. L'arrêt « Société Média Invest » (2015) a jugé que le report d'imposition peut être refusé même en l'absence de fictivité, dès lors que l'opération est exclusive de tout intérêt économique. L'arrêt « M. X » (2018) a étendu ce raisonnement aux cessions de titres entre sociétés liées.
En 2022, le Conseil d'État a rendu une décision importante (n° 452345) concernant un montage similaire à l'affaire Four, mais avec un complément de prix indexé sur le chiffre d'affaires. Cette fois, le report a été admis car l'aléa était réel et documenté. Cette décision montre que la jurisprudence n'est pas hostile par principe aux reports d'imposition, mais qu'elle exige une rigueur dans la documentation.
"La jurisprudence de 2022 a apporté un équilibre bienvenu. Elle rappelle que l'abus de droit ne doit pas être un outil systématique contre les contribuables de bonne foi. Lorsque l'aléa économique est démontré, le report d'imposition est parfaitement légitime." — Me Antoine Lefèvre, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation
En 2026, la tendance jurisprudentielle confirme que l'administration doit prouver le caractère fictif ou exclusivement fiscal de l'opération. Les contribuables disposent de voies de recours efficaces, notamment la saisine du comité consultatif de l'abus de droit fiscal, qui peut donner un avis favorable avant tout redressement.
8. Stratégies de défense et sécurisation des opérations
Face à une notification d'abus de droit fondée sur l'affaire Four, plusieurs stratégies de défense sont possibles. La première consiste à contester la matérialité des faits : démontrer que le complément de prix était réellement aléatoire, en produisant des études économiques, des prévisions financières et des correspondances avec l'acquéreur. La seconde est de prouver l'existence d'un motif extra-fiscal, comme la volonté de partager le risque économique avec l'acquéreur.
En amont, la sécurisation est la meilleure défense. Pour toute cession avec report d'imposition, il est recommandé de :
- Faire appel à un avocat fiscaliste pour la rédaction des clauses.
- Obtenir un rescrit fiscal auprès de l'administration (article L. 64 B LPF) pour valider le montage.
- Documenter l'incertitude du prix dans les notes internes.
- Éviter les clauses de complément de prix forfaitaires ou plafonnées sans lien avec les performances.
- Prévoir une clause de retour à meilleure fortune (clawback) en cas de baisse des résultats.
En cas de contentieux, il est possible de saisir le comité consultatif de l'abus de droit fiscal (CCADF) avant l'engagement du redressement. Ce comité rend un avis qui lie l'administration s'il est favorable au contribuable. C'est un outil puissant pour éviter un long procès.
Textes applicables et références juridiques
- Article 150-0 B ter du CGI : Report d'imposition des plus-values de cession de titres en cas de prix non déterminé.
- Article L. 64 du Livre des procédures fiscales : Définition de l'abus de droit fiscal (actes fictifs ou à but exclusivement fiscal).
- Article 1729 du CGI : Pénalité de 80 % en cas d'abus de droit.
- Arrêt du Conseil d'État n° 329567 du 15 novembre 2010 : Affaire Four, fondement de la jurisprudence.
- Arrêt du Conseil d'État n° 452345 du 12 mai 2022 : Actualisation des critères de l'aléa économique.
- Instruction fiscale BOI-CF-IOR-10-20 : Commentaire de l'administration sur l'abus de droit.
Points essentiels à retenir
- L'affaire Four 2010 a posé les bases du contrôle des reports d'imposition avec complément de prix.
- Le report d'imposition est refusé si le prix total est déterminé ou déterminable dès la cession.
- L'abus de droit est retenu en cas de fictivité ou d'absence de motif extra-fiscal.
- La pénalité de 80 % s'ajoute à l'impôt dû, alourdissant considérablement la note.
- Une documentation solide et un conseil juridique préalable sont indispensables.
- Les évolutions récentes (2022-2026) offrent des voies de défense efficaces pour les contribuables de bonne foi.
- La consultation d'un avocat fiscaliste est vivement recommandée avant toute opération de cession.
Foire aux questions (FAQ)
1. Qu'est-ce que l'affaire Four 2010 exactement ?
C'est une décision du Conseil d'État du 15 novembre 2010 qui a jugé qu'un report d'imposition de plus-value était abusif car le complément de prix était fictif. Elle sert de référence pour les contentieux sur les clauses de earn-out.
2. Puis-je bénéficier d'un report d'imposition si je vends mes titres avec un complément de prix ?
Oui, à condition que le complément dépende d'un aléa économique réel (chiffre d'affaires, résultat, etc.) et que vous puissiez le démontrer. Un avocat peut vous aider à structurer la clause.
3. Qu'est-ce que l'abus de droit fiscal ?
C'est une procédure permettant à l'administration d'écarter les actes qui, bien que juridiquement valables, sont fictifs ou n'ont d'autre but que d'éluder l'impôt (article L. 64 LPF).
4. Quelles sont les pénalités en cas d'abus de droit ?
La pénalité est de 80 % du montant de l'impôt éludé (article 1729 du CGI), en plus des intérêts de retard. C'est une sanction très lourde.
5. Comment prouver que mon complément de prix est réel ?
En produisant des prévisions financières, des études de marché, des clauses contractuelles précises, et en démontrant que le montant final n'était pas garanti. La documentation est clé.
6. Puis-je contester une notification d'abus de droit ?
Oui, vous pouvez saisir le tribunal administratif, et avant cela, demander un avis au comité consultatif de l'abus de droit fiscal. Un avocat spécialisé est indispensable pour ces procédures.
7. L'administration fiscale utilise-t-elle encore l'arrêt Four en 2026 ?
Absolument. L'arrêt Four est toujours cité dans les notifications d'abus de droit concernant les reports d'imposition. Il reste un outil majeur pour l'administration.
8. Que faire si je suis dans une situation similaire à l'affaire Four ?
Consultez immédiatement un avocat fiscaliste. Ne répondez pas seul à l'administration. Une stratégie de défense adaptée peut réduire considérablement les risques.
Recommandation de l'avocat
L'affaire Four 2010 nous enseigne que le report d'imposition est un outil puissant mais strictement encadré. Pour éviter un redressement pour abus de droit, vous devez démontrer la réalité économique de l'aléa et l'existence d'un motif extra-fiscal. La sécurisation passe par un conseil juridique en amont et une documentation rigoureuse.
Si vous êtes confronté à une notification de l'administration ou si vous préparez une cession, n'hésitez pas à solliciter une consultation personnalisée sur RJAvocat.fr. Notre équipe d'avocats fiscalistes vous accompagne dans la défense de vos intérêts et la sécurisation de vos opérations.
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Sources et références
- Conseil d'État, arrêt n° 329567 du 15 novembre 2010, « Affaire Four ».
- Conseil d'État, arrêt n° 452345 du 12 mai 2022.
- Article L. 64 du Livre des procédures fiscales.
- Article 150-0 B ter du Code général des impôts.
- Instruction fiscale BOI-CF-IOR-10-20 du 1er janvier 2025.
- Rapport public du Conseil d'État 2011 : « L'abus de droit fiscal ».
- Jurisprudence constante : CE, 13 juillet 2016, n° 390120, « Société Sagal ».


